Deux hommes en entretien de recrutement

Entretien d’embauche : ne vous laissez pas déstabiliser

Failles dans son CV, questions personnelles, voire indiscrètes… Face au recruteur, vous craignez de perdre pied. Une question « piège » ne l’est pourtant pas toujours en elle-même, c’est souvent le contexte qui détermine sa nature. Voici des moyens pour ne pas vous laisser surprendre.

Vous avez peur des questions pièges ? Pourtant, l’intérêt même des professionnels du recrutement n’est pas a priori de conduire les candidats dans l’impasse. En revanche, ces derniers « se mettent souvent dans une situation déstabilisante en interprétant les questions comme des pièges », estime une consultante.

Détecter soi-même les « failles » de son parcours

Vous avez bien identifié le risque en réalisant votre CV. Vous savez bien que si l’on vous pose une question du type : « Mais qu’avez-vous fait entre 2012 et 2013 ? », vous aurez des difficultés à apporter une réponse que vous supposez satisfaisante. Vous avez cherché un travail en vain, effectué une somme de « petits boulots », ou bien vous avez pris une année sabbatique… Prévoyez dans tous les cas une réponse franche et sincère, mais préparez-la bien.

Analysez ce qui s’est passé et résumez en quelques phrases vos difficultés ou vos choix de l’époque, en n’hésitant pas, si c’est le cas, à revenir sur les erreurs que vous avez commises. Par exemple, une mauvaise appréciation du marché de l’emploi d’alors, des prétentions salariales trop élevées… Essayez toujours de tirer des leçons (positives ou négatives) de ce qui apparaît comme des « failles » dans votre parcours. Vous prouverez ainsi vos capacités d’analyse.

Réagir aux questions personnelles

À partir de quel moment une question devient-elle indiscrète ? Quand elle ne concerne en rien ni le poste à pourvoir ni vos compétences. Quand, manifestement, elle relève de la pure curiosité, éventuellement malsaine, ou d’un préjugé. Certes, les recruteurs vont parfois trop loin. Cependant, c’est quelquefois le candidat lui-même qui incite ce dernier à « creuser » un déséquilibre, à tenter de fouiller un problème très personnel.

Préférences sexuelles, signe zodiacal, voire moyen de garde de vos enfants… chacun a ses propres limites.
Vous pouvez refuser de répondre, en lançant, par exemple, une autre question : « Je ne vois pas bien en quoi cela concerne le poste proposé, pouvez-vous m’éclairer sur cette question? »

Évaluer l’intérêt de la demande

« Les questions d’ordre personnel ne doivent être évoquées que si elles ont une incidence directe sur un nouveau poste, estime un consultant en recrutement. Le seul cas où le recruteur, à mon avis, peut se le permettre se présente quand il faut envisager un déménagement, quand le nouveau poste suppose une mobilité géographique. Je demande alors si le conjoint travaille, pour savoir si cela risque de poser un problème dans la vie personnelle du candidat. » En dehors de ce cas, effectivement, le recruteur n’a pas à vous poser de questions précises qui entrent dans la sphère de l’intime.

Entretien d’embauche: trois conseils à garder en tête

  1. Écouter son interlocuteur. Le début de l’entretien est souvent l’occasion pour le recruteur de présenter, même brièvement, le poste proposé. Vous avez dû également vous renseigner au préalable sur les activités de l’entreprise, ses implantations… Il est possible que votre interlocuteur vous pose une question pour échanger avec vous sur un produit, un service développé récemment, la création d’une filiale dans une nouvelle région du monde… Il veillera ainsi à l’attention que vous avez consacré à son propos préliminaire. Ne le prenez pas comme un piège, mais comme une opportunité pour montrer votre intérêt et l’interroger à votre tour sur la stratégie de l’entreprise, sur les résultats obtenus par une nouvelle activité…
  2. Éviter de se placer soi-même en situation déstabilisante. Prévenez de votre retard si vous ne pouvez arriver à l’heure. Tout peut se concevoir à condition de prévenir. À l’inverse, vous pouvez vous permettre, si le recruteur lui-même a plus de vingt minutes de retard, de vous enquérir de l’heure à laquelle vous serez finalement reçu. Cependant, sachez que le retard volontaire n’est plus vraiment de mise non plus pour déstabiliser un candidat. Donc, inutile de s’énerver…
  3. Femmes : savoir répondre aux questions indiscrètes. En dehors de la mobilité, se pose souvent la question de la disponibilité des salariés, surtout quand il s’agit de femmes ! Si on demande si le mode de garde de vos enfants vous satisfait, vous avez deux solutions. La plus risquée est de décider que cela ne le regarde pas, et de tenter une réponse du type: « Je ne pense pas que cela soit en rapport avec le poste », au risque de ne pas aller plus loin dans la procédure ; vous pouvez aussi choisir un mode plus humoristique : « Quand on me pose la question, je réponds avec assurance que mon mari sait se rendre très disponible, que j’ai un panel extraordinaire de baby-sitters et que rien ne me pose jamais problème de ce genre. »

 

Dominique Perez – L’Express. Dominique Perez est journaliste spécialisée dans les questions de formation et d’emploi.