Passer un entretien d’embauche à l’étranger

Mal préparé, un entretien avec un recruteur étranger peut vite vous mettre en difficulté. Outre une bonne maîtrise de la langue, sachez appréhender certaines différences culturelles qui peuvent parfois surprendre… Décryptage pour bien aborder ce rendez-vous.

7 Décembre, 9h 30. Nathalie* vient d’atterrir à l’aéroport de Düsseldorf. « Short-listée » pour un poste de directrice administrative et financière dans une société industrielle française, basée en France, elle vient rencontrer la direction de la maison mère allemande pour un dernier entretien. Une matinée intensive : debout depuis cinq heures du matin, elle doit enchaîner trois entretiens avec la DRH, le DAF et le patron allemand du groupe. Mais au dernier moment, l’agenda change in extremis. Nathalie est d’abord reçue par le « Vice-président contrôler », dont elle peine à saisir le rôle exact dans l’entreprise.

L’entretien, qui se déroule en anglais, tourne vite au malaise. « Il avait un fort accent et je ne comprenais pas tout ce qu’il me disait. Mais surtout j’ai été surprise par le degré de précision qu’il me demandait. Tout a été passé au crible, de ma perception en tant que manager aux recommandations que j’avais émises pour redresser les pertes de mon ancienne entreprise. Au bout d’une demi-heure, le vocabulaire a commencé à me manquer. J’étais épuisée d’avoir fourni un tel effort ». Les cours d’anglais que Nathalie avait pourtant pris soin de prendre pour préparer son entretien se sont révélés insuffisants face à l’exigence de ce dirigeant allemand. Elle était loin de se douter qu’en phase finale de recrutement pour un poste en France, elle passerait autant sur le grill… « Je ne m’attendais pas à être interrogée autant dans le détail sur mes compétences. Ça va beaucoup plus loin qu’en France ».

Bien se préparer

Cette quadra témoigne d’une réalité : mal préparé, se frotter à l’entretien d’embauche à l’étranger peut-être déstabilisant. Surtout quand les usages culturels s’en mêlent ! Cette rigueur des faits avec un recruteur allemand par exemple ne surprend nullement les experts de la culture germanique. « De par leur culture industrielle et l’importance de l’apprentissage, les allemands accordent énormément d’importance aux savoir-faire d’un candidat, beaucoup plus qu’en France. Ils adorent la technique. Il faut donc s’attendre à être interrogé sur les outils, les méthodes que vous avez pu mettre en place, autant que sur votre contribution. Et être capable d’argumenter, documents à l’appui », explique ce consultant au cabinet de recrutement. En Allemagne, l’approximation est mal tolérée, que ce soit dans les faits, ou la chronologie de vos expériences, souligne cet expert, qui rappelle pour illustrer son propos « qu’un CV allemand peut s’étaler sur dix pages, avec copie des diplômes et des attestations de travail à l’appui ! ». Face à un recruteur allemand, mieux vaut donc revoir minutieusement vos expériences, associées à des documents de travail que vous pourrez sortir au besoin.

Une décontraction… apparente

Aussi désagréable soit-elle, l’expérience de Nathalie demeure marginale. Car sur le plan des traditions culturelles, il n’y a souvent pas de grande différence entre un entretien d’embauche en France ou à l’étranger. Et au-delà du pays, tout dépend aussi de la personnalité du recruteur et du contexte de l’entreprise. À part les tests très répandus dans les pays dominés par la culture anglo-saxonne, l’entretien reste l’outil principal d’évaluation. Comme en France, c’est la qualité des missions et des résultats qui vont compter. Si décalage il y a, c’est plutôt dans l’approche de l’entretien. Si Nathalie a jugé l’ambiance « froide et distante » dans son expérience en Allemagne, l’entretien peut à l’inverse être nettement plus décontracté qu’en France dans certains pays, comme l’Angleterre ou l’Espagne notamment. Dans les bureaux londoniens de Mercuri-Urval par exemple, les consultants reçoivent les candidats dans de petits salons cosy, rompant avec la notion de pouvoir symbolisé par le bureau.

En Espagne, le tutoiement est quasi automatique, avec un zeste d’incursion dans la vie privée qui peut sembler indiscrète à un cadre français : « Dans mes entretiens, on m’a toujours demandé quel était mon statut familial et si j’envisageais d’avoir des enfants. C’est pratique courante en Espagne. Ici, la famille est très importante et gage d’équilibre personnel », raconte Béatrice, recrutée pour gérer la communication d’un centre culturel à Madrid. Pour autant, cette jeune femme de 28 ans mariée à un Espagnol conseille la discrétion. « On peut avoir l’impression que les Espagnols sont chaleureux, mais en réalité ils sont très durs. Un recruteur peut vous taper sur l’épaule mais au final cela ne signifie pas qu’il va vous embaucher » prévient-elle. L’important pour ne pas commettre de faux-pas ? Rester soi-même. Valoriser son ouverture d’esprit, sans chercher à masquer sa culture d’origine. À l’international, survendre l’adhésion culturelle risque de vous amener sur un terrain glissant. Mieux vaut se recentrer sur son expertise métier et sa capacité d’adaptation, c’est sur ces points que l’on vous attend.

Un manager aux visages multiples

Enfin, attention à la façon de vous présenter. Dans le pragmatisme dominant de la culture anglo-saxonne par exemple, le prestige lié à la fonction est beaucoup moins prégnant qu’en France. Mieux vaut mettre en évidence ses aptitudes à générer l’efficacité d’une équipe avec une vision et des objectifs clairs que de trop de se mettre en avant. Et éviter les discours tranchants et directs qui peuvent choquer le côté diplomate des Anglais : la critique négative est mal vue.

*Les personnes dont le patronyme n’est pas mentionné ont préféré garder l’anonymat.

Lydie Colders- L’Express